Youpwe : Une pêcherie aux allures citadines

Jadis petit village de pêcheurs où accostaient les embarcations venant d’autres campements, Youpwè est aujourd’hui  devenu un quartier comme les autres avec un grand centre  d’approvisionnement en poissons frais et fumés pour les populations de la ville de Douala et d’ailleurs. Il est également un lieu de repos et de loisirs  pour des personnes  à la recherche de la quiétude, loin du bruit  étourdissant du centre ville.

 

 « Pour savoir ce que représente  Youpwè pour les populations de la ville de Douala, il faut se réveiller aux premières heures de la journée », nous indique, Alnord Lobe Doumbè,  un habitant du lieu.  Car, la vie dans cette agglomération débute de  03 heures et demi à 04 heures  du matin quand commencent  à débarquer  les premiers pêcheurs provenant d’une ou deux nuits de traque des poissons  passées en haute mer ou dans des eaux un peu plus lointaines.

Youpwè, nid des affaires.

Les mareyeurs parfois venus de l’intérieur du pays  attendent impatiemment, les pieds dans l’eau pour certains,  pour intercepter la première pirogue se rapprochant du quai  avec les cales pleines de poissons et négocier immédiatement du contenu avec son propriétaire.  Aussitôt, commence le marchandage qui se transforme en véritable place boursière. Cet échange  des voix, qui s’envolent au gré de la marée et  des vagues en pleine nuit et   se  termine dès les premières lueurs de soleil,  est le quotidien de Youpwè.  Il a fini par régler l’horloge de la plupart des habitants de ce quartier dont les activités tournent autour de la pêche.

Vendeurs de glace pour la conversation du poisson, fabricants de pirogue, fumeurs et nettoyeurs de poissons,  manutentionnaires, techniciens-réparateurs des moteurs à pirogue, revendeurs , tisseurs et vendeurs de filets et aussi des transporteurs.  C’est toute une série de métiers et d’emplois connexes qui se sont développés autour de ce marché.  Sa production se chiffre, d’après les responsables du Centre de pêche de Youpwè, à environ trois tonnes de poissons par jour. Avec  au moins douze espèces dont les mâchoirons, barres, carpes, dorades, disques, tilapia, raies, requins, crustacés, escargots,…

 Youpwè est aussi le lieu d’embarquement  et de débarquement  des voyageurs en partance et en provenance des îles Cap Cameroun, Manoka, Malimba, Jebalè, Komba Moukoko, Sio Sio, Komba Bedimo, Mabanda, pour ne citer que ceux-là.

Youpwè, la touristique

Monument du soldat inconnu à l’entrée du quartier

Ces derniers temps,  cet espace de terre marécageux assiégé de deux côtés, Est et Sud, par les eaux du Wouri resté longtemps « no man’s land », du fait de sa  proximité avec l’Aéroport International de Douala, le Port Autonome de Douala et du quartier résidentiel Bonapriso, est l’objet de convoitises. 

En effet, le quartier connait une forte spéculation foncière et attire les grosses fortunes. Les villas cossus et immeubles y poussent  comme des champignons et côtoient les cabanes et les habitations modestes aux allures rupestres qui rappellent quand même aux visiteurs que nous sommes dans un village de pêcheurs.  L’odeur  humide de sa mangrove et la fraîcheur  que procurait cette petite baie littorale aux pêcheurs pour quelques instants de repos, attirent également  les restaurateurs et les hôteliers.

Plus d’une dizaine de restaurants y sont installés. Des plus simples aux plus huppés.

Du côté de  la Base navale, ancienne site de Youpwé,  La Mangrove et  bien d’autres gargotes aux alentours  sont le refuge de nombreux touristes et viveurs  de la capitale économique qui viennent  y déguster  du bon poisson frais, des crustacés dans une ambiance encore restée à l’Etat  nature où l’on peut profiter de la vue des vagues  et du vent frais du fleuve Wouri.  

Du côté de l’actuel site, La Marina 2000, un autre restaurant classe sur pilotis,  jumelé à l’hébergement et d’un parc de loisirs, offre tout le confort  nécessaire et les services les plus prisés à tous ces potentiels clients.  A un jet de pierre de là, l’Association Equestre de Youpwè, accueille le weekend et en soirée  pendant les jours ouvrables, tous les amateurs de l’équitation.  Le Club Sport nautique de Douala est lui aussi ouvert  aux amoureux des paysages marins et à toutes les pratiques sportives ayant une relation avec l’eau. Comme il en est pour de petites industries  de fabrication de glace imposées par le besoin et d’autres structures d’import et export opérant dans le secteur .

Club Équestre de Youpwè
Club Équestre de Youpwè

Youpwè, la cosmopolite

Mais en dehors  de son côté affairiste et touristique,  Youpwè est devenu au fil des ans un quartier normal comme les autres avec une population avoisinant aujourd’hui les 5 000 âmes, installée sur une bande de terre d’environ 115 hectares.

Cette partie de la ville se présente comme l’une des  plus cosmopolites de la capitale économique Douala. Car, en plus des autochtones duala et assimilés, on y retrouve les ressortissants d’autres régions du pays et les étrangers. Les langues parlées sont le français et le « pidgin English » du fait de la présence dans ce  quartier de nombreux ressortissants nigérians.

 Pour satisfaire à une forte demande en actes de naissance Youpwè s’est doté d’un centre d’Etat Civil. S’est érigé de ce côté également un poste de police pour répondre aux éventuels problèmes de vols, d’agressions pouvant  subvenir  dans cette partie de la ville au regard de la consistance de ses  activités  économiques. Une gendarmerie dont le bâtiment nouvellement construit démontre l’importance de ce faubourg dans le dispositif  sécuritaire de la ville.  Un Centre de pêche sous la tutelle du Ministère de l’Elevage, de la pêche industrielle, artisanale et traditionnelle (Minepiat) pour l’encadrement  des pêcheurs et le contrôle de la qualité des produits halieutiques qui débarquent dans ce campement y est également présent.

Le quartier compte aussi quelques écoles primaires dont une école publique bilingue  et un collège  privé d’enseignement secondaire. On y retrouve plusieurs maisons de culte reflétant les différentes sensibilités  religieuses des populations.  L’Eglise catholique dont la paroisse affiche fière allure à l’entrée de cette localité, une mosquée, l’Eglise Apostolique, l’Eglise Presbytérienne, l’Eglise Evangélique du Cameroun et de nombreuses églises pentecôtistes (généralement dites réveillées) où les messes s’officient en grande partie dans les domiciles privées.   

Youpwè, la moderne

Le quartier a bénéficié depuis quelques temps de l’aménagement de certains de ses voies principales et de son marché.  Avec un projet d’amélioration de son débarcadère en cours sous le financement de la coopération japonaise.

Désormais pavées, ces rues  ont contribué à lui donner une certaine plus value. Une légère amélioration de sa voirie qui n’efface cependant pas ce grand manque d’assainissement décrié et à l’origine de la pollution de son environnement. « Ici, tout se déverse dans le fleuve.  Très peu de personnes ont des toilettes chez eux. Beaucoup viennent faire leurs besoins au bord de l’eau »,  s’indigne une gendarme en service à l’unique poste de gendarmerie de ce quartier.   Un véritable problème d’hygiène qui expose aux maladies les populations de ce quartier pour qui  ce fleuve reste plus que vital.

Félix Epée

Un peu d’histoire…

Youpwè au départ était un campement des pêcheurs.  D’abord situé  du côté de la Base navale de Douala,  du nom originel Boussa Sengue, derrière Sengue en langue duala, ce  quartier  qui va connaître un développement important par l’invasion des populations dans celle partie de la ville, sera déclaré d’utilité publique et démoli à la fin de la décennie 70.  C’est dans les années 78-79  qu’une décision de recasement des populations déguerpies de cet espace que l’actuel Youpwè verra le jour. Les routes y seront préalablement tracées avec des lotissements bien faits avant que l’administration y envoie les gens s’y installer.

Sur le plan coutumier,  Youpwè est une chefferie de 3ème degré qui dépend  de la chefferie supérieure du  Canton Bell dirigée par Jean Yves Douala Manga Bell.  Et  sur le plan administratif,  deux municipalités se partagent  l’autorité sur notre territoire. A savoir Douala 1er du côté Ouest à partir de la route principale et Douala 2ème à partir du côté Est. Ce, exclusivement sur le plan fiscal.

Sources: Douala, Toponymes, histoire et cultures & Félix ÉPÉE.

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