Pr Ambroise Kom : « Le Cameroun est peuplé de semi-lettrés ».

L’universitaire à la retraite a fait le constat au cours  d’une conférence sur la circulation du livre en Afrique qu’il a animée le  mardi 26 avril à l’Ifc de Douala dans le cadre de la semaine de la littérature africaine au Cameroun.

Rien de surprenant pour ceux qui  connaissent le professeur Ambroise Kom  pour sa verve. L’universitaire camerounais, invité pour entretenir le public  à l’occasion de la semaine de la littérature africaine sur la circulation du livre en Afrique : le cas du Cameroun a été sans ménagement. Après un constat sombre dressé sur  circulation du livre au Cameroun et le non accès à ce produit  lié au  savoir par la majorité des camerounais, il a fini par affirmer que le Cameroun est peuplé des semi-lettrés.

En effet, ce spécialiste des littératures africaines et francophones s’appuyant sur les remarques de l’écrivain camerounais Mongo Béti relatives sur l’importance du livre dans l’éducation et dans la culture contemporaine  camerounaise, nous rappelle  que c’est autour du livre que l’occident a construit sa puissance. Et sa force provient de sa capacité à rendre le livre accessible à une masse de plus en plus importante. Pour cela, les éditeurs de cette partie du monde se livrent à une bataille permanente pour proposer à leurs citoyens les livres à des prix défiant toute concurrence. Aussi au travers de la multiplication des bibliothèques dans les écoles et quartiers par leurs autorités où ils peuvent y avoir gratuitement accès. « Le jeune citoyen dans ces pays s’habitue et grandit avec l’idée que le savoir et la culture est dans le livre. Au point où, le livre est offert comme cadeau d’anniversaire ou de fin d’année », affirme-t-il.  Ce qui n’est pas le cas pour nombreux pays africains, plus précisément du Cameroun où l’enseignement et la promotion de la littérature locale n’a jamais été une préoccupation majeure des décideurs. Le livre continue à être associé à l’école, à l’acquisition du diplôme et du savoir venu d’ailleurs, chez les blancs. Difficile dans un pareil contexte où on lit peu de vulgariser l’utilisation du livre pour la culture générale.

Pour l’universitaire, le pays a peu évolué en matière d’édition depuis la période coloniale. « Nous avons connu un mauvais départ. On ne peut pas concevoir une éducation moderne sans livre », déclare-t-il. Rien n’a été fait, selon Ambroise Kom, pour développer l’industrie du livre au Cameroun. On ne  trouve pas jusqu’à ce jour une maison d’édition digne de ce nom. Sur l’ensemble des livres commercialisés ou qui circulent chez nous, moins de 20% sont produits sur place.  La fabrication d’une grande partie étant confisquée par les firmes étrangères avec la complicité des agents du pouvoir qui se comportent en spoliateurs d’un peuple qu’ils sont sensés pourtant sauvegarder les intérêts.  Une sous production  ajoutée aux tracasseries les plus inattendues liées aux impositions douanières avec des prélèvements abusives d’au moins 50% qui fait  du livre  une denrée rare et un produit de luxe réservé à quelques privilégiés. Rendant ainsi difficile l’accès à la lecture pour le loisir et au savoir. Pourtant le Cameroun a signé toutes les conventions pour la circulation du livre.

D’emblée, l’enseignant d’universités s’interroge si ce n’est pas une volonté manifeste des autorités de maintenir le peuple dans l’ignorance pour l’asservissement et le contrôle des masses.

Une situation aggravée, d’après le Pr Ambroise Kom, avec l’avènement des réseaux sociaux  à travers lesquels plusieurs camerounais ont l’illusion de lire lorsqu’ils parcourent les blogs et sites d’informations. Même certains travaux de recherche, dit-il,  s’abreuvent à la source d’internet dont on sait que les informations les plus importantes sont le plus souvent cryptées. Les bibliothèques universitaires n’offrant rien d’intéressant. Le résultat de tout cela est que  le pays ne forme que les semi-lettrés qui s’ignorent. Ils deviennent ainsi en l’absence d’une politique du livre dans notre société, un danger pour eux-mêmes et pour l’ensemble du corps social, conclut-il.

Félix ÉPÉE 

 

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