Livre : L’Eglise en procès.

Le dernier roman de Ekum’à Mbella Bwelle, « L’Insoumis de l’Eglise » est un réquisitoire à l’endroit des  serviteurs de Dieu et de leurs  agissements  au sein de leurs différentes congrégations religieuses.

Quel comportement devrait avoir un homme d’Eglise vis-à-vis de ses fidèles et dans la gestion des affaires  de sa congrégation ? C’est une question à la foi  vieille et actuelle que Ekoum’à Mbella Bwelle essaie de poser dans son roman « L’insoumis de l’Eglise ». L’auteur,  à travers une histoire qui se déroule au sein de la Native Baptiste Church sans la citer, nous présente les conflits d’intérêts entre les hommes de Dieu et des habitudes  établies qui  ne sont pas de nature à donner une bonne image à l’église.

Mangolo, personnage central du roman et pasteur proposant symbolise la vertu chrétienne au sein de cette congrégation. Il  est en conflit permanent avec tous ses collaborateurs.  Son malheur, s’être dressé  aux comportements déviants de certains d’entre eux qui ne cadrent pas avec la foi chrétienne. Une posture vertueuse au milieu des vicieux qui  lui vaut la haine de  nombreux hommes d’église portés plus sur les affaires d’argent, de magouilles de  toute sorte  et de mœurs. Ce qui le pousse à s’interroger à sa manière.

« Y-a-t-il encore l’esprit de Dieu à l’Eglise ? Avec tout ce qui s’y passe maintenant avec le comportement des hommes d’église, eux qui auraient dû être des exemples pour la société… que les hommes en ont  poussé par force Dieu hors pour  y  installer Satan ».

Des scènes fréquentes qui ne sont pas différentes  de celles que nous vivons aujourd’hui  dans différentes églises chrétiennes en proie aux nombreux conflits et divisions internes.  Des disputes et bagarres, parfois au su et au vu de tout le monde,  qui posent en même temps un problème de dualité entre  vocation et réalisme auxquels est confronté Mangolo depuis sa tendre enfance jusqu’à son âge adulte qui, serait  au centre du questionnement du comportement qu’affichent de nos jours plusieurs pasteurs dans leur paroisse.

Ekoum’a Mbella Bwelle en pleine dédicace de son ouvrage en novembre dernier lors du salon du livre de Douala.

Une peinture sombre de l’église

L’histoire  se déroule en grande partie dans l’aire sawa, une des multiples communautés du Cameroun et la  première qui s’est ouverte à l’église chrétienne et s’y est faite de nombreux adeptes.  Avec de brèves apparitions dans la ville de Yaondè et Victoria dans les sud-ouest anglophone encore sous la direction des anglais.

L’auteur nous ballade ainsi, à travers son récit, dans les quartiers de la ville de Douala des années 70 et 80. Des souvenirs kaléidoscopiques  à travers lesquels le lecteur se nourrit de quelques us et coutumes duala dans cette mégalopole devenue cosmopolite et évanescente.

L’ouvrage, en somme,  est une peinture sombre de l’Eglise.  Un côté obscur illustré par une couverture  de couleur noire sur du mât qui ramène à la tristesse. Tristesse de voir l’église qui prônait les valeurs devenir un lieu de non-valeurs du fait des hommes. On observe par ailleurs sur ce fond noir de la couverture, la photo d’un pasteur prêtant serment qui rappelle aux uns et aux autres au respect  des préceptes de la vie chrétienne qu’ils se sont jurés et dont ils doivent faire montre, malgré les difficultés,  dans l’exercice de leur fonction.

On peut cependant questionner cette volonté de l’auteur à vouloir rapprocher à tout prix les valeurs traditionnelles africaines et chrétiennes entre lesquelles navigue son personnage Mangolo que beaucoup jugent incompatibles. Une idéologie religieuse importée qui prône l’individualisme face aux valeurs ancestrales et traditionnelles africaines portées plutôt vers le communautaire.

Produit à compte d’auteur par les éditions Eclat Média avec le soutien de la Mairie de la ville de Douala, L’insoumis de l’Eglise est un roman qui pousse à la réflexion. Il s’interroge non seulement sur le comportement des pasteurs, de  leur rôle néfaste dans la déliquescence de nombreuses congrégations religieuses mais aussi  de la place de la religion dans la société traditionnelle africaine. A lire absolument !

L’insoumis de l’Eglise, Auteur : Ekoum’à Mbella Bwelle, 219 pages, Editions Eclat Média, nov 2021. Prix : 7500f.

Félix EPEE

 

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