Jeudi de propreté : Un semi-férié chez les commerçants à Douala.

Instauré depuis deux ans par l’exécutif communal pour impliquer les populations à la propreté de la ville, il est devenu une journée presque sans travail pour les commerçants qui se tordent les pouces en attendant l’heure fixée pour l’ouverture de leurs échoppes.

Boutiques et magasins fermés. C’est la scène observée tous les jeudis matins dans les quartiers de la ville de Douala. Les raisons données à cette fermeture : la journée  de propreté instaurée par les autorités de la ville. Des opérations de nettoyage qui devraient être assurées par les commerçants et les populations pour rendre la ville propre.

Seulement, il n’en est pas le cas.  En dehors de l’engouement des premiers  jours de lancement qui a vu la mobilisation des populations et commerçants dans certains quartiers de la ville  et espaces marchands en présence des autorités, cette journée supposée être un jour de propreté est  devenue un semi repos   pour les commerçants de la ville qui se contentent de fermer leurs boutiques et de les ouvrir à l’heure indiquée et autorisée (11h30) par l’autorité préfectorale. « Le jeudi de propreté est devenu un semi férié à Douala », a déclaré, Hector Eto Fame, premier adjoint préfectoral du Wouri interpellant à ce sujet l’exécutif communal au cours de la dernière session ordinaire du conseil de la Communauté urbaine de Douala tenue au mois d’août 2021 dernier.

 Aucune action de propreté n’est perçue ni du côté des commerçants, ni celui des populations. La ville est sale plus que jamais. Et les populations vaquent normalement à leurs occupations  dans une indifférence totale.

La ville de Douala, nétoyée par endroit. Ici, le centre administradif Bonanjo.

A Bonamoussadi, sur la rue qui jouxte le côté gauche du magasin Carrefour, l’insalubrité est perceptible. Bouteilles et sacs en plastique, aplatis par les roues des voitures, trainent au sol aux côtés d’autres détritus  auprès des petits marchands installés aux alentours de ce grand lieu de commerce.  Ces images ne sont pas différentes de celles d’autres quartiers de la ville Douala où les caniveaux sont bouchés par les détritus, les herbes sauvages poussent sur les trottoirs, papiers et plastiques  déversés dans les décharges improvisées et soulevés par le vent, sont éparpillés de tous les côtés de la route. Au marché central, on vend tout près des immondices, ignorant toute règle d’hygiène destinée à la protection des consommateurs. « Vous voyez à quoi nous sommes exposés !», s’exclame Gaby, un habitant de la ville, parti de chez lui au quartier Bali pour  ses emplettes.  

Beaucoup de commerçants ne semblent pas adhérer à cette initiative.  Au marché Mbopi, tous boudent le choix du jeudi  par les autorités pour faire la propreté dans les espaces marchands. « C’est une journée de grand marché  pour  les commerçants. Les gens sortent d’autres régions (Ouest, sud-Ouest, Nord-Ouest et autres) pour faire leurs achats. Et si nous fermons nos boutiques pendant cette journée quand est-ce que allons-nous  vendre ? », nous lance, dépité, Jules Kandem, commerçant dans ce grand Marché de gros de la ville posté devant son magasin. L’homme qui attend  calmement  l’heure officielle d’ouverture des boutiques estime qu’à 11h30 passées, la journée est presque terminée. Plus possibilité de vendre grande chose et honorer à toutes ses commandes, s’il y en a. « Malheureusement,  nous les commerçants, nous ne sommes pas associés dans les prises de décisions qui nous concernent. Mais, on attend que nous payions nos taxes tout  en nous empêchant de travailler », s’indigne-t-il.  Ce commerçant se demande  pourquoi la journée de mercredi précédemment choisie au début de la première  campagne de propreté  initiée par la Mairie de Douala 1er e  qui avait reçu l’accueil de nombreux commerçants a-t-elle été changée ?

 

Les populations à l’oeuvre

Du côté des populations, c’est la même exaspération. En dehors de quelques initiatives ponctuelles observées dans certains quartiers de la ville et soutenues quelques fois par les mairies d’arrondissement, beaucoup pensent qu’ils payent suffisamment de taxes pour qu’on les soumette au ramassage des ordures et au curage des caniveaux. «  Ce sont les pratiques des zones rurales inadaptées aux grandes métropoles. En plus, avec les risques d’infections au regard de la dangerosité de certains produits, les ordures ne devraient pas être manipulées par n’importe qui », souligne Lucien Ayissi, habitant de New-Bell.

D’autres habitants de la ville reprochent au maire de  ne pas mettre en application les sanctions prévues contre ceux qui déversent les ordures dans les drains et dont les gestes  contribuent d’une manière ou d’une autre à rendre la cité insalubre. Par conséquent rendre inefficace le déploiement d’une poignée de personnes quelque peu consciencieuses observées dans quelques quartiers périphériques et les efforts des autorités la ville à rendre la ville propre.

Interrogé par Dénis Kwebo, président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC) au sujet de cette journée jugée contreproductive  au cours d’un  dîner de presse  organisé par la Communauté urbaine  de Douala en début d’année, Roger Mbassa Ndinè, maire de la ville, déclare l’avoir trouvée. Une réponse à l’époque tout au moins compréhensible, l’exécutif communal venant à peine d’être installé,  mais avec le temps (plus d’une année passée après son installation)  s’avère inadéquate.

Car, le jeudi de propreté, malgré ses objectifs non atteints qui  étaient la salubrité de nos quartiers et des espaces marchands de la ville, continue d’être maintenue. Les commerçants à leur tour  continuent à fermer leurs boutiques par peur non de ne pas participer aux actions de propreté mais d’ouvrir leur commerces,  bloquant ainsi une partie des activités  de la ville et de tous ceux qui devaient faire les achats dans leurs magasins à ces heures précises. Pour combien de temps encore durera cette incongruité?

Félix EPEE.

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