Interview
Danielle Diwouta Kotto : « Les habitants de Douala devraient exiger un minimum de qualité de vie ».

Architecte et Designer, Danielle Diwouta Kotto  exerce depuis près de 25 ans dans la capitale économique où elle a été à l’oeuvre de nombreux projets immobiliers. Cette adepte de l’esthétique, rencontrée le lundi 1er février dernier dans le cadre de La Nuit des Idées à Douala, n’est pas tendre à l’endroit de la Communauté urbaine et des mairies d’arrondissements ni des différents Ministères concernés par rapport  à  l’état de sa Cité. Avec un regard analytique qu’elle pose sur l’évolution de la ville de Douala, en rapport à son passé, son présent et son avenir,   elle suggère aux associations, usagers et riverains de cette ville de prendre leur destin en main pour pousser ceux qui  en ont la charge de leur offrir le bien-être dont ils ont besoin.

Vous dites que la ville de Douala se développe sans un urbanisme de détail. Qu’entendez-vous par urbanisme de détail ?

Cela veut dire qu’il y a un urbanisme  qui est resté basique axé sur la voirie. Mais il n’y a pas d’urbanisme de détail entre chaussée, accotements, trottoirs pour en différencier les usages. Par ailleurs, autour de ces voies, il n’y a pas suffisamment de nouveaux espaces publics. Les places que nous avons sont celles qui datent de l’époque coloniale. Il a été réalisé quelques carrefours comme celui des «douches » avec une fontaine qui devient dangereux lorsque vous y accédez comme piéton. Douala  est une ville qui fonctionne mais qui ne va pas au-delà de ses fonctions premières. Et selon moi,  pour arriver au bien-être des habitants, il faut dépasser ces fonctions premières.

Vous avez également relevé que la ville de Douala a évolué par à coup  pendant des années sans plan directeur. Qu’est-ce qui peut expliquer cela ?

Je ne voudrais pas le dire. Mais j’en veux beaucoup à notre Communauté urbaine et à nos différentes mairies. Actuellement, il y en a six.  Mes plaintes vont surtout vers la Communauté urbaine de l’époque puisque maintenant, il y aurait une évolution dans le fonctionnement. De 1959 à 1983,Douala a été organisé avec un plan directeur qui datait de l’époque coloniale. Ce qui est tout à fait anormal. Je pense qu’on manque de vision. La vision ne devrait  pas être simplement au niveau des Communautés urbaines. Il faudrait également avoir une vision au niveau des Ministères. La ville est régie par un Ministère de l’habitat et du développement urbain, un Ministère des transports et maintenant celui de l’environnement. Tout cela devait être conjugué pour une vision commune de nos villes. Cela est valable pour Douala comme pour d’autres villes du Cameroun. Je pense que Douala est dépassé par son attrait par rapport au Cameroun. Douala, c’est pratiquement 100 000 habitants supplémentaires par an.  C’est énorme. Ça demande à être pensé autrement.

 

 

Les villes côtières sous d’autres cieux sont des villes assez attractives où les côtes sont mises en valeur. Pourtant à Douala,   les côtes sont considérées comme des dépotoirs. Comment pouvons-nous développer cette ville en gardant sa spécificité et ressortir ce côté attractif sur les côtes qui semble ne pas être prise en compte ?

Je vais me répéter. Douala est une ville minimaliste. C’est une ville qui évolue de manière générique. Il va falloir à un moment que si l’Etat ne peut pas réaliser de changement ,que  les entreprises, notamment les multinationales s’y mettent aussi. Et les multinationales ne peuvent travailler que s’il y a une demande. C’est pour ça que j’estime qu’il devrait avoir  un maillage des associations, des usagers et des riverains pour exiger un minimum de qualité de vie.

Et quelle est la responsabilité des architectes et urbanistes que vous êtes par rapport à cette situation ?

L’architecte, tout comme l’urbaniste répond à des commandes. L’architecte peut également susciter les commandes. J’ai eu à travailler par exemple avec Douala Art sur les projets sociaux. C’était Douala Art qui initiait ces projets et me mettait en relation avec des associations pour les implémenter  dans les quartiers. Ceci pour dire que l’architecte met en plan  et en forme les projets qui lui sont commandés. Ni ,l’architecte, ni l’urbaniste n’ont le pouvoir qu’on leur prête. La Communauté urbaine et nos différentes mairies, ne travaillent pas assez avec les architectes privés. Pourtant, nous sommes prêts à travailler bénévolement avec la ville. Mais vous connaissez bien  le pays quand vous dites que vous voulez travailler pour rien, on croit toujours qu’il y a quelque chose derrière.  Par conséquent, nos mairies n’utilisent pas notre expertise. C’est dommage.

Entretien réalisé par Félix EPEE

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