Exposition : Le Foot vu par les plasticiens.

Les travaux d’une quinzaine d’artistes plasticiens faits  autour du sport roi  sont présentés depuis de 07 janvier 2022 à Annie Kadji Art Gallery  à Douala.

Décidément la grande messe du football africain qui se déroule actuellement au Cameroun ne laisse personne indifférent. Tout comme les professionnels  d’autres  corps de métiers qui se sont investis dans cet évènement, les artistes plasticiens  n’ont pas voulu être en reste. Dans cette exposition collective  dénommée « Fous de foot » et réunissant  toutes les générations, ils apportent, à leur manière, leur touche à cette fête sportive.

Les émotions sont naturellement partagées. Le tout mêlé de beaucoup d’improvisations et d’imaginations.  Pas surprenant dans un pays de foot où les adaptes et pratiquants de ce sport sont régulièrement confrontés aux fortes sensations.    

Suzanne Epéa  nous le démontre par un « cocktail d’émotions », travail  sur lequel elle présente une foule  dans les gradins avec des expressions des visages partagés entre joie et tristesse. C’est la dure réalité du foot mise en avant. Il faut savoir perdre et gagner. Bien que le sachant, chacun se laisse emporter par ses émotions  au regard du travail rendu par cette dernière.

 

Dans la même mouvance, Grace Dorothée Tong nous présente « L’Equipe de foot », œuvre d’une grande imagination, symbolisée par les mains rassemblées sous forme de cœur jouant le rôle d’une équipe liée, comme des cordes, dans laquelle chacun tient son poste centré sur un objectif commun : la victoire. Un cœur, en même temps, dans cette discipline  sportive source de passion  et d’agitation peut, comme, elle le démontre dans « Pénalty »,  sa deuxième œuvre, devenir explosif pour les fébriles  avec risque de s’interrompre au cours d’un match.

Une vision partagée.

Pour ce sport populaire par excellence ou règne diversité, pratiqué par beaucoup à leur jeune âge, cette exposition a donné l’occasion pour certains  artistes de se replonger dans leur   enfance. C’est le cas de La Pégoué’s dans  « Souvenirs d’enfance » et  de Tagne William dans « Kwata Foot» . Ces deux artistes  présentent  successivement les bambins avec des visages  en émojis et d’autres jouant dans la boue, courant sans cesse derrière le ballon, des heures durant, malgré les cris interpellatifs des parents.

Une attitude répréhensible à l’endroit de ces jeunes pratiquants du foot hier qui contraste avec celle d’aujourd’hui, tel que l’indique « L’initiation », une des œuvres de Suzanne Epéa sur laquelle on aperçoit une mère s’évertuer, dans une tendresse  maternelle, à faire porter  l’équipement à son enfant pour l’apprêter à un match de foot.

Une réalité nouvelle qui donne envie à plusieurs enfants ces jours de rêver  à devenir des footballeurs professionnels accomplis sans être, comme ont l’était par le passé, reprimandé. Piste  explorée par Jean Emati, l’adepte des reliefs. L’artiste, grâce à cette technique qui le caratérise, nous ballade entre le « rêve d’un champion » et son accomplissement dans « résultat de rêve ».  

Une vision partagée par Daniel Onguené  qui nourrit les visiteurs sur un fond noir de portraits  de stars et figures emblématiques du football camerounais dont le talent a émerveillé plus d’un dans le monde.

Jeu de création et couleurs

On ne peut pas oublier le côté mystérieux de ce sport que nous rappelle si bien Hervé Youmbi  par son masque au crane dégarni avec yeux creux, peint de couleurs rouge et blanc, surplantées d’un trait noir en circonvolution qui, chez les bantou, fait un lien avec les ancêtres consultés régulièrement par les footballeurs,  directement ou via des marabouts, à la veille d’un grand match.

Que dire du fabuleux travail de  Koko Komegne sur les  entreprises de paris qui ont émergé  autour du foot avec ses personnages longitilignes  aux couleurs vives rouge, jaune et bleu ou celui sur  le « Covid Killer », la pandémie qui, dans son élan meurtière, a failli enterrer ce sport roi en confinant ses adeptes, aussi bien que ses spectateurs ? C’est de la maturité dans l’art exprimé par un autre ancien de « l’équipe ».

Dans ce jeu de création et couleurs  élaboré dans des techniques diverses et variées (papier sec sur canton, technique mixte, acrylique sur toile, peinture numérique et crayon), Salifou Lindou,  s’est donné le rôle d’arbitre  en brandissant le « Carton rouge de la Can » aux politiciens autour desquels se murmurent de nombreux détournements et malversations. Question de prévenir et sanctionner tous les tacles et  les actes d’anti-jeux susceptibles d’entacher et de plomber cette grande fête sportive africaine.

L’exposition collective  en cours  depuis le 07 janvier à Annie Kadji Art Gallery, se poursuit jusqu’au 09 février 2022. Ce, pendant toute la durée la CAN. Avec les œuvres de Max Lyonga, William Bakaïmo, Koko Komegne, Grace Dorothée Tong, Ajarb Bernard, Daniel Onguene, Jean Emati, Suzanne Epia, Salifou Lindou, La Pégoue’s, Hervé Youmbi, F’aa, Tagne William… Elle est ouverte à tous les curieux et amoureux du football.

Félix EPEE.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *