Dr Toto Moukouoh : « Adolf Ngosso Din est un exemple de patriotisme, de courage et de combativité pour la jeunesse camerounaise ».

Président de l’association Ngosso Din, ce médecin cardiologue  était au four et au moulin de l’organisation de la première édition de la Journée nationale en hommage à ce martyr et héros de la nation. Pendu en 1914 par les Allemands pour s’être opposé,  en compagnie de Rudolf Douala Manga Bell, son mentor, à l’expropriation des terres de ses ancêtres, Adolf Ngosso Din, porteur de pétition au Reichstag,  est l’un des ceux qui ont payé durement de leur vie dans le combat contre l’occupation coloniale. Son corps n’a pas été remis à sa famille jusqu’à ce jour. Une injustice et douleur encore difficilement ressenties des années après par les siens. Triste épisode sur laquelle  revient le Dr Toto Moukouo. Il nous parle, par ailleurs, de  ses œuvres  et de certaines articulations qui ont ponctuées  cette manifestation.

Nous venons de célébrer la première édition de la Journée nationale Ngosso Din. C’est qui Adolf Ngosso Din pour la jeune génération ?

Pour la jeune génération Adolf Ngosso Din est une référence pour avoir passé toute sa  vie sur terre (1882-1914) dans la lutte en apportant ce qu’un pays attend de sa jeunesse. C’est-à-dire, le courage, la combativité, la confiance en soi, le sens du sacrifice et le travail. Ce sont ces valeurs que nous voulions transmettre à la jeunesse camerounaise aujourd’hui. Celle d’une jeunesse studieuse. D’abord, parce qu’il a été à l’école. Une jeunesse qui, après les études, s’engage dans le travail. Ce qu’il a fait comme secrétaire auprès de Douala Manga Bell. Et tout travail est la contribution à la construction nationale. Ensuite, il faut pouvoir le faire  avec confiance et faire  prévaloir ses compétences et aptitudes comme l’a fait Ngosso Din  pour la mission qui lui a été confiée d’aller remettre la pétition contestatrice contre l’accaparement des terres douala au gouvernement allemand à qui il a tenu tête en discutant égal à égal au point de payer de sa vie.    C’est ce qui explique le choix du thème de cette première édition : « Jeunesse et Nation, l’exemple d’Adolf Ngosso Din, l’Etoile des forces vives ».

Et pourquoi toute une journée en son honneur ?

Toute une journée à son honneur parce qu’il a travaillé pour la nation camerounaise pour que notre pays et l’Afrique soient libérés de la misère. Il y a apporté sa contribution.  Et cette lutte  pour la libération du Cameroun de la misère est un combat de tous les temps. C’est pourquoi les pouvoirs publics ont voulu effectivement marquer cette journée nationale Ngosso Din afin que chacun puisse s’arrêter et se souvenir un instant de ce héros national et ses œuvres.

Parmi les festivités qui ont marqué cette célébration, il y a eu cet hommage au cinéaste Jean Pierre Dikonguè Pipa dont le film « Muna Moto » a été diffusé à la première journée des manifestations.  Quel lien y a-t-il entre Ngosso Din et Dikonguè Pipa ?

En réalité, il n’y en n’a pas. Mais nous avons voulu rendre hommage à Dikonguè Pipa par rapport à son film Muna Moto. Muna qui veut dire l’enfant et moto qui signifie l’homme. De manière succincte l’enfant de l’homme. Ce titre-là est toute une signification par rapport à Adolf Ngosso Din. L’histoire de Ngosso Din, en particulier la fin de sa vie, nous renvoie à la manière dont a été traité son corps. Sa dépouille n’a pas été remise à sa famille pour inhumation après sa pendaison. Il a été traité comme quelqu’un qui n’appartenait pas à une famille. Donc celui qui n’était pas né de bato (les gens, pluriel de moto), par conséquent, de l’union d’un homme et d’une femme. On dirait un soldat allé au champ de bataille qui y a trouvé la mort mais à qui on a refusé des obsèques nationales comme le veut la tradition.

Mausolée Ngosso Din rénové par le plasticien Joel Eyoum

Cela fait partie d’une autre pomme de discorde entre les allemands et les Douala, surtout avec les descendants d’Adolf Ngosso Din…

Effectivement. Nous devons avoir des éclairages là-dessus. On ne sait pas jusqu’aujourd’hui où il a été enterré et ce qu’on a fait de son corps. Il y a eu le journal  Kamerun Post du 12 août 1914 qui a annoncé la mort du Roi Rudolf Douala Manga Bell par pendaison mais nulle part, il n’est mentionné le nom d’Adolf Ngosso Din. Qu’est-ce cela a voulu insinuer ? C’est un détail que nous souhaiterions avoir.

 

En 2018, une place et une rue ont été attribuées à Rudolf Douala Manga Bell à Berlin en reconnaissance de sa lutte  pour les droits humains. Est-ce le résultat d’un long combat engagé depuis des années ?

Vraisemblablement. Rudolf Douala Manga Bell a été un vaillant roi qui a fait un séjour de 4 à 5 ans en Allemagne avant d’accéder au trône. C’était le chef de poule de la résistance contre les allemands et qui, en tant  que roi, a bien accompli sa mission. Et c’est tout à fait justifié que l’Allemagne  reconnaisse aujourd’hui ses valeurs en lui attribuant une rue. Rudofl Douala Manga Bell le mérite largement bien.

Et pouvons-nous attendre un jour qu’Adolf Ngosso Din bénéficie aussi pour ses combats  de la même gratitude de la part du gouvernement allemand ?

C’est notre souhait. Nous luttons pour ça. Nous sommes en relation avec certains nombres de structures culturelles en Allemagne. On espère que  ce que nous faisons ici aura un retentissement là-bas et partout ailleurs dans le monde pour qu’une certaine réparation soit faite et la valeur intrinsèque de Ngosso Din soit reconnue.

Il y a un projet de construction d’un musée germano-camerounais à Douala par les autorités de la ville d’Hambourg qui était l’épicentre des relations  entre l’Allemagne et Cameroun. Etes-vous au courant  de ce projet et qu’en attendez-vous?

Sincèrement non. Certes, nous avons reçu une délégation  venue de Hambourg  avec laquelle nous avons discutée sans plus. Si c’est le cas, c’est une très bonne initiative. Il faut bien que chaque époque coloniale ait sa place dans le réveil culturel de notre pays. Nous avons passé près 30 ans d’échanges avec l’Allemagne, de 1884 à 1914, cela a beaucoup marqué les esprits. Ensuite, les pots au rose se sont insérés dans cette histoire qui mérite d’être  éclaircie et connue.

Après la célébration de cette première édition, à quoi devons-nous attendre des prochaines échéances ?

L’association Ngosso Din va tenir une réunion avec ses membres pour faire le bilan de l’édition qui vient de s’achever et commencer à jeter les balises de ce qui sera fait pour la deuxième édition.

Entretien réalisé par Félix ÉPÉE.

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