Côte d’Ivoire : Gbagbo revenu, la mort de Sangaré interroge.

Cet ami fidèle au couple Gbagbo et combattant des premières  du FPI est mort,  il y a trois ans, de manière mystérieuse dans une clinique proche du pouvoir à Abidjan. Un décès trouble, avec le retour de Laurent, questionne sur les circonstances et événements qui s’en sont suivis.

« Mon ami de tous les jours, Sangaré Aboudrahamane s’en est allé. Quel drame! » C’est le message que la Première Dame Simone Ehivet a publié en hommage à son ami, grand-frère, bouclier, et compagnon de lutte, Sangaré, décédé le 3 Novembre 2018. ‘Il est décédé ce matin des suites d’une courte maladie,’ a déclaré Franck Anderson Kouassi, le Secrétaire National à la Communication du FPI. De son côté, N’Dri Kouadio Pierre Narcisse, Directeur de Cabinet du Président Henri Konan Bédié, Porte-parole du PDCI-RDA a, ce 3 Novembre, déploré le « décès brutal de Aboudramane Sangaré, 1er Vice-Président du FPI. » Le professeur Gnagne Yadou Maurice, « médecin qui l’a de tout temps suivi, » s’est employé à démentir la responsabilité de l’équipe médicale et de la clinique Farah à Abidjan dans le décès de Sangaré. ‘J’ai pu constater chez cette équipe médicale qui l’a suivi à la Clinique Farah, un professionnalisme et une disponibilité sans faille dans le suivi et la gestion des troubles qu’a présentés notre Président et qui l’ont malheureusement emporté.’ Avait-il annoncé.

Sangaré se serait exposé

Cet ‘ami fidèle’ aux Gbagbo fut un combattant des premières heures du FPI. « Depuis 1971, [il] a été de tous les combats, sans relâche, dans la loyauté et la fidélité à nos idéaux. De la palmeraie de Dabou en 1988 au congrès de Moossou en 2018, [il] est resté le gardien fidèle de notre instrument de lutte: le FPI. » Ecrit le Président Gbagbo en hommage à cet homme d’Etat. Simone Ehivet quant à elle, sortie de prison le 8 Août 2018, dédicace avec révérence ses premiers mots au gardien du temple.’ « Tout ce que je dirai sera soumis au tamis de Sangaré. » Avait-elle dit—Répondant à une question d’un journaliste sur son agenda politique. Des mots simples qui témoignent du ‘culte’ qu’elle voue aux textes du Parti qui sont presqu’un ‘fétiche’ à ne pas violer.  Par conséquent au respect de l’ordre protocolaire. C’était aussi un acte d’humilité et de loyauté à l’ami de l’époux.

Si Sangaré admirait l’engagement de Laurent Gbagbo pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique, il appréciait le courage légendaire et indétrônable de Simone Ehivet pour la même cause. « C’est Simone qui est venue avec Laurent Gbagbo pour nous trouver pour qu’on aille créer un parti. Nous-même on avait peur. Elle était toute courageuse. » A déclaré Sangaré à la sortie de Simone de prison en Août 2018. Dans le documentaire « Un homme. Une vision, » il dit. « Simone Ehivet et Laurent Gbagbo sont les deux qui ont vraiment propulsé le Front Populaire Ivoirien. » Plus tard, au Congrès de Moossou de 2018, dans son ‘discours-testament,’ il a déclaré. « Personne ne peut séparer Simone et Gbagbo. » Mieux, avant ce Congrès, il a apporté cet éclaircissement. « Au FPI chacun connaît sa place. Et Simone sait quelle est sa place. Ce sont des circonstances qui ont fait qu’elle est après moi. »  En apportant ces éléments qui situent la position stratégique de Simone dans le Parti, Sangaré se serait peut-être exposé aux loups internes et aux hyènes externes au Parti.

« Professionnalisme » qui tue

Ainsi, son « décès brutal des suites d’une courte maladie » interroge. Aboudrahamane Sangaré souffrait probablement de ‘prostate.’ Néanmoins, cette maladie n’a pas la réputation de foudroyer subitement sa « proie ». En plus, ne présentant aucun signe de mort, il préparait activement les fêtes de fin d’année, avec au programme de convier la 2e Vice-Présidente, Simone Ehivet. Dans cette ambiance festive, le Pr. Gnagne Yadou est allé le chercher pour le conduire à la clinique Farah, situé à la Rue des Balias au Grand Bloc Marcory résidentiel, proche du pouvoir qui n’appréciait pas Sangaré. La suite, il y est mort.

Face à l’indignation générale, le Pr. Gnagne fait une mise au point. « J’ai pu constater chez cette équipe médicale qui l’a suivi à la Clinique Farah, un professionnalisme et une disponibilité sans faille dans le suivi et la gestion des troubles qu’a présentés notre Président et qui l’ont malheureusement emporté. » Pour certains, le « professionnalisme » ne devrait pas remettre à la famille le cadavre d’un homme qui, quelques minutes auparavant ne présentait aucun signe de malaise profond. Dans le prolongement de leur critique, ils affirmaient que les explications du Pr. Gnagne ressemblaient à un soutien à sa corporation. D’autres se demandaient pourquoi il n’a donné aucun détail sur les circonstances de ce décès. Ce blackout qui pourrait être expliqué par le « Secret médical » a suscité beaucoup de curiosité.  

Simone Gbagbo lors de la cérémonie d’hommage à Aboudrahamane Sangaré

D’un flou à l’autre, des questions et des révélations(?) s’amoncellent. L’info(?) selon laquelle Sangaré ne sortait jamais sans ses gardes du corps circule. Les sachants se demandent ce qui avait pu le convaincre de partir avec Gnagne sans ceux-ci. Ce doute est accentué par la rumeur selon laquelle, le trio « Ouattara Alassane, Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko, aurait sablé le champagne pour célébrer cette disparition ».  En plus, et plus grave, pourtant élémentaire, une autopsie n’aurait pas été faite.

Une franche importante de ceux qui doutent que cette mort soit naturelle affirme que Sangaré devenait gênant pour un certain courant dans le Parti. Tendance-contraire qui, au lieu de débats d’idées, auraient décidé de l’‘accompagner’ comme on dit en Côte d’Ivoire. Sur tous ces faits, « qui aurait tué Sangaré? » ou « de quoi Sangaré serait-il mort ? »

Interdire la vérité

Ces questions ouvertes, la tragédie se poursuit. La Première Dame Simone Ehivet, 2è Vice-Présidente qui devrait le remplacer statutairement devient orpheline. Les loups endormis dans la bergerie se réveillent. Les mauvaises consciences ont peur. Ils sont conscients qu’avec elle à la tête du FPI, elle va diriger ce Parti dans la rigueur des textes sans qu’une tête ne déborde.

Dès cet instant, le camp des « déviationnistes » se dévoile. Une mécanique d’isolement est mise en marche. Les ordres et contre-ordres s’accumulent. Les textes écrasés. Le protocole bafoué. L’achat de conscience fait son chemin—Billets d’avions offerts. Frais médicaux pris en charge. Porte-monnaies renfloués. Nominations extra-statutaires se multiplient. Cyber-activistes mercenaires recrutés. Tout ça pour créer un vide autour d’elle. La mettre de côté, afin de l’empêcher de prendre les choses en main et maintenir le Parti sur les eaux. Et peut-être, plus important, l’‘interdire’ de savoir plus sur ce décès que certains ont qualifié de ‘mystérieux’ et politique.

Pas d’autopsie et aucun détail donné à ce jour sur le décès de Sangaré.

Syndrome Gbagbo

Simone Ehivet est aussi victime du « syndrome Gbagbo »: Dire ce que Gbagbo n’a pas dit ou ce qu’on lui fait dire, pour adopter l’anti-norme et rejeter la norme, avec le silence complice de ce dernier. Cette autre méthode d’isolement de Ehivet est accentuée par l’unilatéralisme des canaux de l’information en direction de Gbagbo séquestré à La Haye et semi-libre à Bruxelles. Les tenants de cette autre façon de manipuler la communication, informe Simone que Gbagbo aurait demandé « d’observer 40 jours de deuil » à la mémoire de Sangaré. Aucune raison n’est fournie. Gbagbo non plus ne donne aucun contre-ordre. « Le fauteuil présidentiel du Parti devient un banc public. »

Simone Ehivet qui avait pris l’initiative d’organiser une réunion d’urgence subséquente à la disparition de Sangaré, ne peut plus agir. Pourtant, elle avait déjà posé un premier pas : Demander à une délégation du FPI, partie chargée de dons à Bouaflé Zuenoula pour les obsèques d’un membre de la direction, de revenir immédiatement à Abidjan après leur acte de compassion.

Congrès de clarification

Ces actes d’indiscipline interrogent. Sangaré sorti. Ehivet écartée. « La prochaine étape n’est-elle pas comment faire pour museler Gbagbo? Ou le contrôler à travers une femme? Et pourquoi pas l’écarter tout simplement? » Questionne un observateur de l’échiquier politique Ivoirien. Pour arrêter cette diarrhée de trahison, de corruption, de violation des textes, voire de crimes, « il faudrait un inventaire non pas à la Prévert. Mais un inventaire politique pour aller vers un congrès de clarification afin d’assainir, redresser, et rectifier la ligne politique du FPI. » Poursuit cet analyste.

Ce serait un bel hommage à Sangaré. « Un homme d’Etat, un homme d’honneur et même un acteur politique de premier plan demeuré fidèle au Président Laurent Gbagbo et à la ligne politique originelle du FPI qui fut et demeure l’essence de leur engagement en politique pour servir la noble cause des populations Ivoiriennes. » Ecrit N’Dri Kouadio Pierre Narcisse.

Feumba Samen

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